Une bataille pour l’eau, entre le Nil blanc et le Nil Bleu le « Downstream complex » de l’Égypte.

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D’après Wolf, le monde compte 263 fleuves ou rivières qui s’étendent hors des frontières politiques sur deux Etats ou plus, le pays en amont étant celui qui, normalement, se trouve en position de force. Cet état de cause, créer selon Waterbury, un « downstream complex » (complexe du/des pays d’aval). En ce qui concerne le Nil, la situation est exactement l’inverse, car rapidement, l’Egypte a saisit l’importance et surtout sa dépendance face au Nil, dont la vallée concentre l’absolue majorité des égyptiens et de leur agriculture. Dès 1972, Nasser s’exprime sur le sujet : « Avec la construction du haut barrage (celui d’Assouan), l’Egypte ne sera plus jamais l’otage des pays d’amont »[1]. Néanmoins, le fleuve traverse en tout dix pays, le Nil bleu prend sa source en Ethiopie et rejoint le Nil blanc à Khartoum. La croissance démographique et la situation hydrique de ces pays pousse à augmenter leur ponction sur le débit du fleuve. Cependant l’absence d’accord sur la répartition de ces flux nilotiques catalyse les contentieux.  Le seul consensus en vigueur ne concerne que l’Egypte et le Soudan, datant de 1959, cet accord est devenu caduque et complètement obsolète tant les rapports et les situations géopolitiques voir géostratégiques ont changés. En témoigne la scission du Soudan, qui joue en défaveur de l’Egypte et de sa volonté de ponctionner d’avantage dans le Nil  pour pallier,  à la fois à la montée des eaux qui menacent ses terres arables, mais aussi en prévision de l’augmentation de sa population.

 Des tentatives de médiations ont été actées par plusieurs rassemblements notoires, le majeur est le « Nile Basin Initiative », qui est un organisme intergouvernemental créé en 1999 à Der-es-Salaam (Tanzanie). Le but de cette organisation est de gérer de manière commune les projets d’aménagement du Nil et de son bassin versant afin de trouver un accord global, ce qui n’a toujours pas débouché sur un véritable consensus, tant cette question est sensible.

            Une gestion anarchique et des projets non rationalisés de barrages (comme celui de Tekeze en Ethiopie et Merowe au Soudan,[2] tous deux construits par des entreprises chinoises), est un véritable péril pour les eaux du Nil, qui s’évaporent en masse et perdent en qualité, dû à une rétention du limon, ce qui se révèle catastrophique pour l’Egypte dont l’agriculture dépend à 95% du fleuve[3].

            En 1979, Sadate déclarait que « l’eau est le seul mobile qui entrainerait l’Egypte dans une nouvelle guerre »[4], le caractère polémogène[5] de cette ressource peut ou pourrait déclencher des conflits. A l‘aune, d’un réchauffement climatique prononcé et d’un besoin en eau grandissant certains pays se trouvent actuellement dans une situation de « stress hydrique ». Le Nil est un exemple mais d’autres cas sont tout aussi sujets à de fortes tensions. « L’or bleu » semble donc être un nouvel objet de discorde inhérent au XXIème siècle, néanmoins la théorie d’une guerre de l’eau, même si elle est avancée, est loin d’être encore efficiente.

Jonathan RETIF

           


[1] M.GERARDOT & Ph.LEMARCHAND (dirs). Géographie des conflits. Atlande.2011
[2] V.RAISSON. L’Atlas des futurs du Monde. Edition Robert Laffont. Paris.2010
[3] id
[4] ibid
[5] G.BOUTHOUL. Traité de polémologie, sociologie des guerres. Editions Payot. 1991.

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