« Les enfants sorciers », le fléau normalisé des rues kinoises

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Depuis les années 1990, la République Démocratique du Congo fait face à d’innombrables crises politique, économique et sociale. Le pays reste pauvre et fait face à un taux de fécondité élevé (5,09 enfants par femme en 2012). Si l’on se fie aux pasteurs des Eglises indépendantes, les « enfants sorciers » semblent avoir été la raison trouvée à cette situation.

A Kinshasa ce sont entre 20 000 et 50 000 enfants qui sont abandonnés à leur sort au cœur de la ville. La plupart d’entre eux ont été accusés de sorcellerie par les membres de leur famille d’où cette exclusion de leur environnement familial. L’essor des Eglises indépendantes a largement amplifié le phénomène en développant les prédications des enfants sorciers qui seraient à l’origine de la misère des familles. Tous les symptômes sont bons pour accuser les enfants de sorcellerie. Ainsi, même si les enfants atteints d’un handicap physique ou mental sont les plus touchés par ce phénomène, les enfants ayant des caractères « gênants » pour les familles tels que l’entêtement, la solitude, la paresse, l’agressivité sont également enclins à être des enfants sorciers et donc exclus de leur famille.

Pour « légitimer » l’exclusion des enfants, les familles consultent les Eglises indépendantes en particulier les Eglises du réveil pour obtenir une « guérison ». Au nom du spiritualisme les pasteurs de ces Eglises vont, contre échange monétaire, pratiquer des rites incantatoires tels que le jeûne, la purgation par l’huile de palme, les brûlures à la bougie etc. Si l’enfant « reconnaît » être sorcier, il sera alors délivré par l’Eglise mais stigmatisé par sa famille et rejeté. Tout enfant accusé de sorcellerie est donc destiné à la rue. Ils sont appelés les shégué.

Dans la rue, les enfants forment des bandes, mendient, sont exploités, se livrent aux trafics illégaux, sont victimes de violences sexuelles et sont peu soutenus par les forces de l’ordre voire même sont victimes de violences de la part de ces dernières.

En outre, la RDC est encline à une démographie croissante, à une profonde pauvreté (87.7% des congolais vivent sous le seuil de pauvreté, soit avec moins de $1 par jour[1]) et à un niveau de développement quasi inexistant (en 2013, la RDC arrive 186/186 dans le calcul de l’IDH[2]) ne connaissant pas de changements réels dans la politique publique des gouvernements successifs. Aussi, la RDC est sujette à des conflits continuels dans l’est du pays qui amènent à une migration de la population vers la capitale. L’ensemble de ces situations accroît le nombre de jeunes voués à eux-mêmes dans les rues de Kinshasa.

Depuis 2011, un tribunal est chargé du respect de la Convention relative aux droits de l’enfant. Par ailleurs, un grand nombre d’ONG défend la cause des enfants et s’engagent dans la réinsertion sociale et familiale des victimes. Seulement, Kinshasa doit faire face à un afflux massif de nouveaux enfants chaque jour (plus de 500/jour) ainsi qu’aux naissances des jeunes mères. En ce sens, les ONG et organismes de solidarité luttent quotidiennement pour trouver des solutions viables pour ces enfants; un grand nombre d’associations a vu le jour pour favoriser la réinsertion sociale et familiale des enfants des rues.

En 2012, Marc-Henri Wajnberg raconte l’histoire de huit enfants des rues de Kinshasa. Entre documentaire et fiction, le film aborde les conditions de vie de ces enfants qui tentent de s’en sortir grâce à la musique. Forts de réalités, Kinshasa Kids, sorti en avril dernier en France, a été accueilli par de nombreux festivals de cinéma.

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