Entre Ethique et Devoir, pourquoi les secrets de la Maison Blanche sont-ils dévoilés par des américains ?

Il y a quelques jours s’est ouvert le jugement de Bradley Mannings, cet analyste du renseignement américain qui a fait fuiter des informations sur internet. L’Histoire regorge d’affaires d’espionnage en tous genres, de transfuges et de traîtres. La particularité de ce soldat de 25 ans réside dans son choix de diffusion des informations, il a choisi Wikileaks.

Il ne donne pas un vulgaire bout de papier à un espion dans un tunnel à la faveur de la nuit mais il offre la vérité sur la guerre en Irak au monde entier, via un site web. C’est ici la parfaite illustration que tout évolue rapidement dans ce XXIème siècle, l’information est généralisée et le Secret Défense s’est trouvé un nouvel ennemi : internet. La Toile n’est qu’un vecteur, certes, mais elle offre un relai médiatique surpuissant capable de changer le cours d’une guerre. A l’instar de la photo de Nick Ut en 1972 qui a renversée l’opinion publique pendant la guerre du Vietnam en montrant les effets du napalm sur une fillette de 9 ans, les vidéos des attaques d’hélicoptères Apache sur des soi-disant terroristes ont faits leur effet. Il s’agit ni plus ni moins d’exécutions de sang-froid, opérées à des kilomètres et sans véritable renseignement. Cette histoire n’est pas non plus sans rappeler l’action de Daniel Ellsberg. Cet ancien analyste de la RAND Corporation qui avait publié près de 7 000 pages de documents classées « top secret » à propos de la guerre du Vietnam par pur pacifisme.

L’Information provient des agences américaines de renseignement, surpuissantes et omniscientes, ces agences défraient la chronique depuis désormais quelques jours. La cause ? Edward Snowden, ancien sous-traitant qui opérait au profit de la National Security Agency  (la NSA) qui a brusquement révélé l’ampleur du système d’écoutes de l’Oncle Sam. Les médias, avides de scandales sur le programme Echelon et les violations des libertés individuelles, ont largement relayés la traitrise de ce jeune américain. A l’instar de Bradley Manning, il semble que cet ancien prestataire de la toute puissante NSA ait agit par pure conscience et non pas par intérêt financier. Ces agissements marqueraient ils le grand retour de la « trahison idéologique » comme on pouvait la voir pendant la Guerre Froide ? Peut-être, cependant il est certain que les consignes de confidentialité au sein des grandes agences de renseignement vont évoluer.

Les trois cas cités précédemment concernent de jeunes analystes ayant sciemment communiqués des informations à société civile. Les profils se ressemblent et sont symptomatiques d’un état d’esprit d’une jeunesse propulsée face à des informations qu’elle n’était pas prête à voir, ils forment ensemble les «whistleblowers» : les lanceurs d’alertes.

Comment étudier les grands bavards de l’Etat américain sans parler de Mark Bissonnette ? Le plus célèbre des Seal Team Six, ce commando qui a abattu Oussama Ben Laden, donnant ainsi à Barack Obama la plus grande victoire contre le terrorisme de ces dix dernières années. Il écrit son livre, No Easy Day, sous le pseudonyme de Mark Owen et dévoile des informations croustillantes au public sans offrir non plus le scoop du siècle. Il n’en reste pas moins que ce militaire, issu d’une des plus prestigieuses et fermée unité américaine se livre dans son ouvrage alors qu’il était tenu au secret. Son leitmotiv ? Une certaine rancœur à l’égard de l’armée américaine qui l’a laissé à la porte à la fin de son contrat !

Les employés de la Maison Blanche semblent donc de plus en plus enclins à dévoiler leurs secrets au grand jour, internet offre une bonne couverture et une diffusion immédiate à ces actes. Toutefois, comme cet article le prouve, l’identité des 4 « traîtres » est désormais connue, s’exposer sous un pseudonyme ou anonymement sur la Toile ne signifie pas agir en toute impunité. La justice américaine est bien décidée à poursuivre ses anciens collaborateurs qui deviennent trop bavards, les scandales s’enchainent et il est certain que ce genre d’affaire n’est pas près de s’arrêter.

Alexandre GIRARD

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Une réflexion au sujet de « Entre Ethique et Devoir, pourquoi les secrets de la Maison Blanche sont-ils dévoilés par des américains ? »

  1. Entre éthique et devoir… justement! Pourquoi utiliser le qualificatif « traître » qui indique tout de suite la « couleur »? Objectivement dévoiler des informations « secret défense » est un acte de trahison, du point de vue légal c’est illégal (!). Mais qui se pose la question du « pourquoi »? Un « contrat non renouvelé » peut-il réellement justifier un acte dont les conséquences seraient « fatales »? La question mérite largement d’être posée au vu de la tournure des choses.

    Les services secrets américains, dans un état de quasi psychose, institué par le Patriot Act (dont le nom en dit déjà long), font de plus en plus appel à des sociétés privées et donc à des civils. Il n’est pas besoin d’ouvrir un précis d’histoire antique pour nous rappeler les précédents de l’histoire. La situation actuelle fait penser dans bien des aspects à l’époque de la Stasi : l’État engageait alors des citoyens lambda pour épier l’ensemble de la population faisant régner un climat malsain de suspicion. Des donnés confidentielles et d’ordre privée sont interceptées de manière illégale sur les réseaux sociaux. A partir de là, comment légitimer une pratique illégale? Comment légitimer un « secret défense » apposé sur des données volées? N’est-il pas « citoyen » de dénoncer les abus d’un État dont l’objectif est d’assurer la sécurité de ses administrés dans le respect des droits fondamentaux? Qui est le traître? Le civil citoyen que l’on a recruté comme agent secret ou l’État dans lequel on a mis sa confiance?

    De plus les récents attentats de Boston ainsi que les nombreuses fusillades démontrent de manière manifeste l’inefficacité d’un système qui repose sur un fantasme ou une utopie digne des romans d’Orwell ou d’Huxley. L’éclatement au grand jour de telles pratiques risque, à terme, de déstabiliser l’Etat, sinon la société américaine. A moins que… l’hypnose sécuritaire ne se soit emparée du peuple américain.

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