Une vraie politique étrangère pour un meilleur dialogue interreligieux !

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« Depuis la chute du Mur… ». Tous les cours d’introduction à la géopolitique commencent par ce fameux 9 novembre 1989, le jour où un mur est tombé bouleversant la dichotomie Est-Ouest. Depuis plus de 20 ans, le mur ne cesse tombé… et ensuite ? Quelle vision du monde en est sortie ? Les schémas se succèdent, les experts avancent et hésitent. Qu’en est-il des Etats-Unis « gendarme du monde » ? Qu’en est-il des pays émergents ? Nord-Sud, Est-Ouest… La Mondialisation avez-vous dit ? La chute du rideau de fer a brisé un schéma « confortable », sinon mis en lumière une complexité du monde qui ne date pas d’hier. Sans aucune vision claire du monde (en est-il seulement possible ?), les politiques étrangères des Etats sont vulnérables et victimes des contingences de l’Histoire. Elles avancent à tâtons dans un monde toujours plus complexe. Comment ne pas souligner, encore une fois, l’échec des politiques étrangères occidentales face à l’ « inattendu » Printemps arabe. Certes on ne peut tout prévoir, mais force est de constater que, non seulement la lecture de ce qui est véritablement un « évènement » reste péniblement insatisfaisante, mais aussi que l’implication (sous n’importe quelle forme que ce soit), ne serait-ce de la France et de l’Europe, est aujourd’hui déraisonnable.

Dans un article de La Croix (10 juin 2013), Bertrand Badie, spécialiste des relations internationales, ose poser cette question : « La France a-t-elle une politique étrangère ? ». « Nous sommes dans une monde total et inclusif et orientons notre diplomatie vers l’exclusion de tous ceux, nombreux, qu’à tort ou à raison, nous n’aimons pas. Nous construisons notre diplomatie sur une vocation obsessionnelle de juge suprême et de redresseur de torts, en oubliant que le premier de ceux-ci est de ne pas reconnaître l’autre… (…) Pourtant une analyse attentive du monde tel qu’il est montre l’urgence de la construction de nouveaux principes. (…) Elle a conféré à de nouvelles puissances des capacités diplomatiques décisives capables de nous offrir des partenariats précieux. » L’ouverture à l’autre, à ceux qui pèsent sur le monde, mais qui jusqu’alors n’ont pas voix au chapitre : les nouveaux acteurs comme les ONG et de manière générale les acteurs locaux qui, dans la configuration des conflits contemporains essentiellement intra-étatique, jouent un rôle central. Comment insérer des acteurs locaux dans le concert étatique de la diplomatie ? Un principe complexe, une démarche simple : une politique de la rencontre et du dialogue.

Parmi les différents dialogues possibles, il en est un qui est essentiel parce qu’il touche le cœur de la personne, c’est le dialogue interreligieux qui est aussi dialogue entre cultures.  Les obstacles sont nombreux mais la promesse est belle. Le 10 juin 2013, le cardinal Tauran, Président du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, rappelait avec amertume et force les tensions et les ambiguïtés qui minent le dialogue entre chrétiens et musulmans. « Il y a des sujets, comme les conversions, sur lesquels on  ne peut pas traiter avec nos partenaires[1] ». Pour le P. Jean-Jacques Pérennès de l’Institut dominicain d’études orientales (Caire), «si les chrétiens commencent par discuter des questions religieuses avec les musulmans, très vite les sensibilités sont exacerbées et on aboutit à des désaccords. Alors que sur le plan culturel, le patrimoine commun est considérable.[2]»

Nombreuses sont les critiques portées contre une pratique du dialogue jugée, par les différentes parties prenantes, comme manquant parfois d’honnêteté. C’est dans la réponse à cette critique qu’il faut aborder les différents niveaux de dialogue : l’international et le local. A l’international, le dialogue a lieu entre des représentants institutionnels et religieux dans le cadre d’organisations internationales où les questions de politiques orientent les intérêts de chacun. En dépit des critiques portant réciproquement sur l’honnêteté de telle ou telle partie prenante au dialogue, l’importance est la permanence du contact qui est un signe positif envoyé aux acteurs locaux d’un dialogue «quotidien». Et c’est donc au niveau local, au plus proche des réalités concrètes de la vie, que le dialogue s’opère véritablement. C’est dans ce sens que le pape Benoit XVI a défini le dialogue interreligieux, un dialogue d’éthique et de proximité : « Dans la situation actuelle de l’humanité, le dialogue des religions est une condition nécessaire pour la paix dans le monde, et il est par conséquent un devoir pour les chrétiens comme aussi pour les autres communautés religieuses. Ce dialogue des religions a différentes dimensions. Avant tout, il sera simplement un dialogue de la vie, un dialogue du partage pratique. On n’y parlera pas des grands thèmes de la foi – si Dieu est trinitaire ou comment il faut comprendre l’inspiration des Saintes Écritures etc. Il s’agit des problèmes concrets de la cohabitation et de la responsabilité commune pour la société, pour l’État, pour l’humanité. En cela, on doit apprendre à accepter l’autre dans sa diversité d’être et de pensée.[3]  »

Le dialogue interreligieux a pour objectif une harmonisation et une compréhension mutuelle renforcée dans l’espoir d’une cohabitation pacifiée. C’est un outil de médiation, agissant depuis la base locale jusqu’aux représentations internationales, auquel on recourt pour résoudre les violences intercommunautaires et les conflits de plus grandes ampleurs. Encore une fois, le local occupe une place centrale dans le processus de pacification. « Pour enrichir et rendre effectif les projets de paix universelle, il conviendrait certainement d’y ajouter des projets de paix locale. La paix locale est une contribution obligatoire pour arriver à la paix universelle. Nous savons que l’homme est un être social fait pour vivre en communauté. Et, c’est d’abord dans la communauté qui est une petite société, que nous devons trouver des modèles ou des enseignements pour vivre en paix[4]. »

Laurent Tessier


[2] « Soixante ans de dialogue avec le monde musulman », La Croix du 7 juin 2013.

[3] Discours du pape Benoit XVI à l’occasion de la présentation des vœux de Noël de la curie romaine, salle Clémentine, vendredi 21 décembre 2012

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