Génocide des Tutsi: synthèse de séminaire tenu par Hélène Dumas

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Interprétées comme une guerre de race, les tensions entre Hutu et Tutsi ont débuté suite à l’arrivée des occidentaux dans la région des Grands Lacs au début des années 1900, une région très fantasmatique puisque encore peu explorée à ce moment. C’est donc au XXème siècle que s’est construit le mythe ethnique des Hutu et des Tutsi. En effet, si l’on s’en tient à la définition d’ethnie qui met en évidence une appartenance à un groupement humain définit notamment par une langue et une culture communes, nous ne pouvons nullement définir les Hutu et Tutsi comme des ethnies distinctes. Ils ont une langue commune, le kinyarwanda, les mêmes croyances avec un ancêtre commun Imana, ainsi qu’une administration politique identique. La distinction entre Hutu et Tutsi se fait uniquement sur le plan sociopolitique puisque les Tutsi représentent « l’aristocratie » rwandaise.

L’arrivée des missionnaires et colonisateurs a bouleversé ce système sociopolitique établit en imposant une idéologie raciale au travers d’interprétations de civilisations (origine égyptienne), de religions (réinterprétation de la Bible)… De ces interprétations en ressort un mythe : les Tutsi seraient une race supérieure à une autre, celle des Hutu.  En arrivant en 1916, les colons belges et les missionnaires éprouvent une certaine fascination pour les Tutsi de part leur statut social malgré leur faible représentation numérique dans le pays. Ils mettent néanmoins en avant leur côté fourbe et rusé qui montre que les Tutsi auraient un esprit perfide. Pendant cette occupation, les belges vont favoriser l’éducation des enfants Tutsi, mettre en avant le pouvoir Tutsi…jusqu’à ce que ces derniers, forts de leur éducation, montrent un élan d’indépendance. Se sentant trahis, les colons vont finalement changer de camp et se rallier à la cause Hutu et dénoncer le pouvoir des Tutsi. Ce « changement de camp » à partir de 1945 marque définitivement un point de rupture entre Tutsi et Hutu, les belges incitant à lutter contre la domination des Tutsi. Le premier massacre de Tutsi a lieu en 1959. En 1962, le Rwanda accède à l’indépendance et les Hutus prennent le pouvoir avec Grégoire Hayibanda ; C’est sous sa présidence que le terme génocide va être employé pour la première fois. Les massacres sont de plus en plus meurtriers (ceux du centre du pays en 1963, 1964 et à la frontière du Burundi provoquent plusieurs dizaines de milliers de morts). En 1973, un coup d’Etat est réalisé par le Mouvement Révolutionnaire National pour le Développement (MRND) qui s’instaure en 1975 et conforte le pays dans une économie prospère. Il n’en reste pas moins que la ségrégation contre les Tutsi est de plus en plus forte. La population Tutsi se voit identifiée et mise à l’écart (documents d’identité avec marque ethnique, quotas…) pour une appartenance ethnique qui n’existait pas un siècle auparavant. A la fin des années 1980, un nouveau parti voit le jour, le Front Patriotique Rwandais (FPR), ce qui permet une confrontation directe avec le parti au pouvoir, notamment un point de vue divergent sur la question des Tutsi.

Dès octobre 1993, une véritable organisation sociopolitique s’organise contre les Tutsi qualifiés d’inyenzi, cafards et considérés à l’origine des fléaux rwandais notamment du VIH et de la présence des occidentaux à cause de l’extrême attirance supposée des femmes Tutsi. Le pays vit sous les ordres de milices (les interahamwe via le MRND ou encore les impuzamugambi milice de la CDR) qui sont appuyées par les médias et notamment le Kangura, journal pro-extrémiste et la RTML, radio mise à profit contre les Tutsi : le Hutu power est en place.

En avril 1994, le génocide est déjà pensé si bien que dès les premières heures, nous avons à faire à plusieurs milliers de victimes pour atteindre plus d’1 million de morts en 3 mois avec notamment 4 gros massacres entre le 15 et 18 avril faisant près de 30 000 morts dans la préfecture de Kibuye. Le génocide des Tutsi est en outre marqué par son nombre de victimes et l’intensité des massacres, mais également par son nombre de tueurs organisés en bandes (ibitero/igitero). Aussi, la proximité des liens sociaux qui unissent les acteurs (famille, voisinage, communauté religieuse…) est singulière de ce génocide. Nous sommes dans un génocide où il n’existe aucune barrière : des catholiques tuent d’autres catholiques, les enfants, les femmes et les vieillards sont largement impliqués dans les massacres qui deviennent banalisés et populaires. On a ici affaire à un génocide qui atteint la filiation, la descendance, et l’ascendance (humiliation des vieillards). Le génocide des Tutsi est également fortement marqué par la place particulière de la femme Tutsi. Vue comme un corps interdit et « responsable du mal », la femme est sujette à des violences sexuelles systématiques. Le viol est commis en public et voué à une volonté d’humiliation, de destruction morale de la femme Tutsi.

Aussi, en réaction au génocide la communauté internationale et principalement la France a tenté de réagir dès le début. Seulement, les français de part leur histoire avec le Rwanda n’étaient pas forcément les plus « conseillés » pour partir sur le terrain. En outre, ils sont surtout arrivés pour l’opération Turquoise à partir du 22 juin alors que le génocide s’est principalement déroulé les deux premières semaines d’avril. De plus, leur engagement auprès des Tutsi reste à vérifier puisque historiquement les français sont plus proches des Hutu et qu’en arrivant sur place les Tutsi avaient pour beaucoup déjà fui le pays et les camps de survie étaient en partie occupés par les Hutu. Enfin, des questions se posent quant à l’entrainement des interahamwé par les français. Le rôle de la France reste donc flou dans ce génocide.

                Cette action controversée influe encore dans la poursuite judiciaire des auteurs du génocide. En effet, certains tueurs ou acteurs se sont réfugiés en France dès 1994 et ont repris une vie « normale » sans la moindre inquiétude quant à leur passé. Malgré les actions du Tribunal Pénal International pour le Rwanda mis en place en novembre 1994, de nombreux responsables du génocide ont échappé aux condamnations. En France, le couple Dafroza Gauthier a créé le Comité des Parties Civiles pour le Rwanda afin de juger les auteurs du génocide réfugiés en France. Seulement, le processus est à chaque fois très long et peu soutenu par la France qui serait alors « obligée » de revenir sur son intervention controversée dans le génocide des Tutsi. Sur place, au Rwanda, les gacaca, tribunaux de proximité, ont été mis en place en 2005 afin de juger les génocidaires à travers les témoignages de rescapés, de voisins… Les gacaca représentent près de 2 millions de procès tenus depuis 2005. Aujourd’hui encore, malgré des faits vérifiés, argumentés et prouvés, beaucoup de personnes écoutent les négationnistes du génocide comme Nahimana, Pierre Péan et  le général Tauzin. Cela ne fait qu’allonger les rédactions de procès à l’encontre des génocidaires et surtout fausse la réalité du génocide rwandais.

L’année prochaine auront lieu les commémorations des 20 ans du génocide des Tutsi. Elles sont le seul moyen de transmission de la mémoire du génocide. Pendant ces quelques jours, des chants, des poèmes, et des témoignages des victimes et du président parlent pour la mémoire des Tutsi disparus. Depuis le génocide, l’histoire du pays n’est plus enseignée à l’école, les commémorations sont donc le seul vecteur de mémoire pour les nouvelles générations.

Gaëlle RUBEILLON

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