Le double jeu du Hezbollah, entre Liban et Syrie

Le Hezbollah, organisation terroriste

 L’UE européenne souhaite inscrire la branche militaire du Hezbollah sur la liste des groupes terroristes de l’Union européenne. Le parti chiite, « Parti de Dieu », créé en 1982 en réaction à l’invasion israélienne au Liban, a récemment revendiqué sa participation active et son soutien au régime de Bachar Al-Assad. Le Hezbollah est classé comme « organisation terroriste » par deux membres de l’UE (Au Royaume-Uni, «la branche militaire uniquement », et Pays-Bas « l’ensemble des composantes du mouvement »). Son inscription sur la liste européenne des groupes terroristes nécessite l’unanimité des 27, jusque-là aucune décision n’a pu être prise en raison de la réticence de certains pays dont la France. Déjà en 2005, les Etats-Unis et Israël – qui ont classé le  Hezbollah  parmi les organisations terroristes après les attentats de 2001 – faisaient pression sur l’UE pour qu’elle inscrive le Hezbollah sur la «liste officielle des « groupes et entités auxquels s’appliquent des mesures restrictives dans le cadre de la lutte contre le terrorisme ».  Les raisons invoquées de cette indécision sont  la « crainte de déstabilisation du Liban (le Hezbollah a été impliqué dans l’assassinat du Premier ministre Rafik Hariri en 2005), où le Hezbollah joue un rôle politique clé, peur de représailles sur la Finul, au sein de laquelle les militaires français, avec 900 hommes, forment un des premiers contingents.[1] »

Donc… à chacun sa propre liste de terroristes ? Les débats demeurent sur la pertinence d’une classification de l’organisation, à un moment d’extrême tension dans la région du Moyen-Orient. Alain Chouet[2], bien qu’il soit convaincu que le parti de Dieu y ait joué un rôle central, souligne dans un entretien que « l’affaire des otages[3], “si douloureuse soit-elle, est à traiter au passé” » parce que – et c’est essentiel -, pour lui, “l’Iran et le Hezbollah d’aujourd’hui ne sont pas ceux des années 80.[4]” » Le Hezbollah est aujourd’hui un pilier pour le sud Liban. De plus le Hezbollah, devenu parti politique s’est progressivement intégré dans le système politique, il  jouit désormais d’une grande popularité par ses victoires sur Israël (« Règlements de comptes » en 1993, « Raisins de la colère » en 1996 et la « Guerre des 33 jours » en 2006) et le développement de projets sociaux dans le sud du Liban, là où l’Etat, déjà très faible sur l’ensemble du pays, est absent depuis longtemps.

Le Hezbollah lors d'une parade

Le Hezbollah lors d’une parade

Le Hezbollah en Syrie[5]

La participation des soldats de la branche armée du Hezbollah au conflit syrien est attestée depuis juillet 2012. Au moment des frappes sur Damas et Alep le régime se sentant menacé, le Hezbollah lance ses soldats pour contrôler la région de Homs, place stratégique pour conserver l’accès au littoral. Dominique Avon souligne que dès la fin du printemps 2011, le président Al-Assad annonçait le processus qui est en cours : « si nous tombons c’est toute la région qui sera dans le trouble ». Nasrallah, lui-même au  printemps et à l’automne 2012 disait à des groupes sunnites déjà investi en Syrie « faite attention vous êtes trop petit pour la cause que vous défendez ». L’enjeu est pour lui véritablement régional. La lutte première est dirigée contre Israël, l’ouverture du front sur le Golan dévoile la vraie ligne directrice. Cela oblige chacun à se positionner, est-ce la lutte contre Israël ou pas ? Pour Mr Ziad Majed, chercheur et politologue libanais, le discours démagogique sur la cause de la Palestine, autrement dit son utilisation, ne justifie plus les massacres contre le peuple syrien, la cause palestinienne mobilise cependant toujours une majorité des Arabes. L’agenda libanais passe en deuxième après l’agenda iranien et syrien. Depuis 2012, selon D. Avon, dans les discours c’est la donne régionale qui domine, et le Liban est intégré dans cette donne (« Vous ne pouvez pas faire comme si vous étiez dans quelque chose d’à part, il faut que vous vous positionnez également sur un plan régional »).

Les enjeux du conflit syrien

La base populaire du « Parti de Dieu » est chiite et libanaise, et le parti a une légitimité au niveau de la représentation politique libanaise. Le Hezbollah dispose d’une armée indépendante, se trouvant aujourd’hui dans un pays étranger,  qui détient, de facto,  le pouvoir de paix et de guerre avec Israël. La branche armée du Hezbollah contrôle également, indépendamment de l’Etat, certaines zones de Beyrouth sud et du Sud Liban.  Dilemme : « on ne peut pas le négligé parce qu’il est assez représenté et assez « légitime », mais « l’alliance idéologique politique, militaire, politique et financière organique avec l’Iran fait que les décisions politiques régionales du parti se dessinent plus à Téhéran qu’à Beyrouth ».  Il faut donc aussi prendre en compte l’influence chiite. « Si le régime syrien tombe c’est la porte ouverte à un régime sunnite ». Le conflit chiites/sunnites est toujours présent, il affleure, mais « le poids de la guerre civile libanaise est encore présent et freine ». En effet, lorsque l’on compare les deux situations, on assiste à un « renversement de l’histoire : désormais la Syrie fait appel à certains partis libanais pour une guerre civile, alors qu’avant 2005 le Liban était sous le joug de la Syrie ». A long terme, la chute de la Syrie, rompant le « pont avec Damas » pourrait affaiblir le Hezbollah. Cependant on ne parle pas officiellement d’affrontements chiites/sunnites mais d’actions « contre des activistes ». Alors que de nouvelles élections se dessinent au Liban (peut-être à l’automne prochain ?), le parti a décidé de se lancer en Syrie. Il s’affiche ainsi en allié de l’Iran mais cherche, aussi, à défendre ses propres intérêts.

Laurent Tessier

[2] Ancien chef du renseignement de sécurité à la Direction Générale de la Sécurité Extérieure et ancien chef de poste des services extérieurs français à Beyrouth pendant la guerre civile (1975-1990).

[3] Enlèvement de deux diplomates français par le Hezbollah, libérés en 1988.

[5]Emission« Culturesmonde »  sur Franceculture (1er mai 2013) avec Dominique Avon, historien, (Histoire comparée des religions Université du Maine au Mans) Ziad Majed, chercheur et politologue libanais. Jean-Pierre Perrin, grand reporter pour le journal Libération. A réécouter sur :  http://www.franceculture.fr/emission-culturesmonde-actualite-internationale-le-jeu-du-hezbollah-dans-la-crise-syrienne-2013-05-1

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