L’Afrique subsaharienne face aux extrémistes religieux, le cas du Nigéria

Le Nigéria face au « salafisme », la réponse à la secte Boko Haram.Image

                Le pays le plus peuplé d’Afrique avec ses 160 millions n’est pas épargné par l’extrémisme religieux. Le pays souffre, tout comme certains pays africains, d’une radicalisation de certaines franges de sa population. La « démocrazy »[1] nigériane, comme on la surnomme parfois, en raison de l’agitation sociale et culturelle, est aux prises avec le groupe Boko Haram depuis les années 2000. Au début, sous l’impulsion d’un prédicateur Mohammed Yusuf, le groupe ressemble plus à une secte contestataire qu’au groupe salafiste terroriste qu’il est aujourd’hui. De 2002 à 2009, ce mouvement qui pourrait être traduit comme « l’éducation occidentale est un péché »[2], a recours à quelques actions violentes pour lutter contre la pauvreté et la dissonance entre le Nord et le Sud de l’état fédéral, économiquement parlant, mais aussi pour lutter contre la violence du régime.

                Une rupture significative intervient  en 2009, plus due à un débordement de trop venant s’ajouter au mécontentement qu’à la réelle volonté de radicalisation du mouvement.

Quoi qu’il en soit,  la mort du gourou  Mohammed Yusuf de manière vraisemblablement extrajudiciaire[3], selon l’analyste Gilles Yabi, fait basculer Boko Haram dans des actions beaucoup plus dures ; Notamment le kidnapping de la famille Moulin-Fournier, ou encore l’attentat contre les Nations-Unies à Abuja, qu’ils ont revendiqués[4]. Le Nord du pays à majorité musulmane sombre depuis 2009 dans une insurrection civile, des attaques coordonnées ciblent les autorités (prisons, poste de police) de ces régions (ainsi que certaines du centre du pays). En tout c’est environ 3600 personnes qui ont été tuées dans ces régions[5]. L’actualité est brûlante au Nigéria en témoigne la décision du président Goodluck Jonathan de décréter l’Etat d’urgence dans les régions les plus sensibles ou Boko Haram est solidement ancré. Depuis le 16 mai 2013, les accrochages se multiplient entre forces armées nigérianes et membres de ce mouvement.

                Autre élément inquiétant, quelles sont les connexions entre Boko Haram et les autres mouvements djihadistes ? L’organisation actuelle sévissant au Nord du Nigéria est organisée en shura (conseil), ce qui sous entend qu’il n’y plus d’autorité centrale. La question de la nébuleuse terroriste et de l’appui des chebabs sommaliens et d’AQMI n’est pas à exclure tout comme une collusion avec certains pouvoirs locaux. D’ailleurs, Morten Boas souligne que : « ce sont les rumeurs de collusion entre Boko Haram et des dirigeants de la politique et de l’appareil d’Etat. Il n’y a aucune preuve à ce jour, mais il faut voir cela comme un signe des moyens que certains sont prêts à utiliser pour obtenir pouvoir et richesse »[6]. La situation est donc plus que tendue dans ce pays où se déchirent catholiques et musulmans, mais aussi où le pétrole est roi et dont la manne est difficilement visible dans les régions du Nord. L’extrême violence de la réponse de l’armée nigériane soulève un point crucial, à savoir si cette réaction ne va pas servir la cause de la secte et scinder à terme le pays en deux. Car, selon François Thual, le besoin de territoire risque de créer à terme un éclatement intra-étatique où les acteurs seront de plus en plus dur à identifier, rendant ainsi le dialogue ou la résolution des conflits encore plus difficile. En témoignent, la Syrie, la Libye ou encore le Mali.

 J. RETIF

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