Haïti, une aide humanitaire plus que controversée

Le 16 avril dernier, Arte diffusait « Assistance mortelle », un documentaire de Raoul Peck qui a eu un écho retentissant dans la plupart des médias français. Et pour cause, une très grande accusation quant à l’aide promise de la communauté internationale qui ne serait jamais arrivée à destination. Revenons sur trois années d’assistance après le séisme qui a touché Haïti.

Assistance mortelle

(Tous droits réservés)

Les chiffres de l’aide internationale sont on ne peut plus éloquents : sur les quelques 4 000 000 000 de dollars promis, Haïti n’a bénéficié que de la moitié de ces dons à la fin de l’année 2012. En 2010, René Préval le président haïtien affirmait qu’il y a avait un cruel manque de communication entre l’ensemble des donateurs et le gouvernement haïtien ; les premiers ne prenant pas en compte les besoins réels et s’imposant sur le terrain. Il évoquait également un manque de coordination dans l’aide internationale ; alors qu’il aurait été plus simple que chaque donateur se spécialise dans le soutien de tel ou tel domaine, chacun a souhaité avoir son rapport dans chaque domaine pour un rayonnement plus grand. Il est évident que les donateurs qui souhaitent aider cherchent avant tout leur propre intérêt et tentent d’intervenir là où le retour positif leur sera le meilleur.

Le tremblement de terre du 12 janvier 2010 est d’abord un drame, quelque chose d’inhabituel, de terrible. Les cadavres, les blessés, les destructions, les cris…les médias s’arrachent les images de la catastrophe…Le monde est en émoi et se doit de réagir. C’est alors qu’une course à l’aide s’entreprend. Qui donnera le plus? Qui interviendra le premier? Des promesses sont faîtes par milliers. La totalité de l’aide internationale promise répond aux besoins du pays anéanti: plus de $ 4 milliards promis pour un besoin estimé à mois de $ 4 milliards. Pourtant, sur place l’aide financière n’arrive pas de la même manière que les promesses, les images des « sauveteurs » financés par les donateurs dorent ces derniers sans répondre aux besoins sur place. Le point de vue du réalisateur sur ce point est sans appel: « Lorsque les États-Unis annoncent donner 2,5 milliards, il faut refaire le calcul. Enlever dès le départ les 8 % prélevés par ceux qui vont administrer cette somme, la Banque mondiale ou une institution quelconque.  Puis on se rend compte que 800 millions vont servir à payer les dépenses des militaires que personne n’a appelés, mais qui ont débarqué au nombre de 20.000, dont 10.000 sur le terrain et 10.000 autres pour s’occuper d’eux… Quand on annonce 2,5 milliards, ce n’est donc pas une aide à Haïti mais à l’ensemble du dossier, dépensée en priorité dans et pour le pays qui donne ! » Un constat: tout le monde veut reconstruire mais personne ne souhaite « passer le balais ». L’image de reconstruction semble effectivement plus vendeuse que celle de déblayage, seulement cette étape est primordiale, sans quoi vouloir reconstruire ne sert à rien. 

Nous sommes aujourd’hui en 2013, la catastrophe a déjà presque été oubliée des donateurs. L’intervention d’urgence a eu lieu mais qu’en-est-t-il des projets de développement? L’humanitaire n’est qu’une phase de l’intervention, aujourd’hui le besoin se place dans le développement, mais qui s’en charge? Certes, des objectifs ont été atteints notamment en ce qui concerne les transports ou encore l’eau et la salubrité; cependant nous ne savons pas à quelle fin va servir l’argent promis encore non perçu, et encore moins si ces fonds seront un jour réellement débloqués pour le développement d’Haïti.

L’aide internationale ne doit plus avoir affaire à une gestion aussi chaotique. Haïti souffre de ce manque de considération désintéressée. L’aide internationale doit cesser d’être une « générosité intéressée » (Le Nouvelliste, éditorial de Frantz Duval) laissant au dépourvu tout un pays. « Assistance mortelle » nous ouvre les portes d’un monde où l’argent et le rayonnement international prime sur la reconstruction d’un pays tout entier.

Gaëlle RUBEILLON

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