Le combat de haute intensité : actualité de demain ? Retour sur la table ronde du Club Sup Mer du 18 avril 2013

La montée en puissance des marines de guerre modernes est un fait incontestable. La baisse des ressources naturelles terrestres accroît les recherches de matières premières dans les mers et les océans, la raréfaction de celles-ci entraîne la multiplication des enjeux. La France, seconde Zone Économique Exclusive de la planète (11 millions de km²) a de nombreux intérêts à conserver sa souveraineté dans ces eaux troubles. Des futurs forages pétroliers au large de la Guyane à la protection des réserves halieutiques dans le Pacifique, les missions de la Marine Nationale sont nombreuses.

Cependant, la souveraineté ce n’est pas la Haute Intensité. Cette dernière se définit par les moyens mis en œuvre par les forces armées dans un conflit de type asymétrique (à l’inverse des conflits récents, qui sont surtout d’ordre dissymétrique. Le conflit de Haute Intensité est avant tout un concept américain et terrestre à l’origine. Dans un conflit, il convient mieux de parler de phases de haute intensité, d’une durée de quelques heures à quelques jours, cette période correspond à un pic de violence et d’utilisation des forces. En somme, même un conflit dit de « basse intensité » peut contenir des phases de haute intensité. Les éclairages de Xavier Mesnet se sont révélés forts utiles, la Marine ne joue pas qu’un rôle sur mer mais aussi sur terre, l’exemple de la Libye est particulièrement probant (et le danger vient aussi de la côte).

La Haute intensité implique bien entendu la traque et l’élimination de la force adverse, mais aussi la protection des intérêts nationaux. A l’heure des réductions budgétaires de la Défense, il est normal de s’interroger sur les capacités de la France à évacuer ses 100 000 ressortissants français en Asie et les 160 000 résidents au Moyen Orient. Ces opérations, dans l’hypothèse d’un conflit de Haute Intensité, nécessitent de prendre des risques.

Ceux-ci sont inévitables dans une guerre, les intervenants au colloque le rappellent constamment. En mer cela signifie éventuellement la perte d’un navire, ce qui représente, au-delà de l’aspect militaire, un événement politique majeur. Lorsque le HMS Sheffield est coulé par les argentins pendant la guerre des Malouines, la réaction politique du gouvernement britannique fût une mobilisation massive des forces armées inédite depuis la seconde guerre mondiale.

De nos jours une telle réponse est difficile à imaginer. Les bâtiments de la Marine Nationale sont dispersés sur toutes les mers et les océans, occupés à remplir leurs missions respectives. Cet éclatement des forces est dû à la réduction du nombre de navires qui découle à la fois de l’adaptation du format des armées à la géopolitique mondiale et à la polyvalence des bâtiments. Les entraînements à la guerre de Haute Intensité font toujours partis des formations des marins et concernent tous les types d’armements (des missiles aux torpilles en passant par les mitrailleuses et les canons). Toutefois, il est de plus en plus difficile de maintenir ce niveau d’exigence, les regroupements de navires en flottes de combat sont très ponctuels et les moyens dédiés à ces formations coûtent cher.

La simulation prend de plus en plus de place dans l’entrainement des marins au détriment de l’utilisation réelle des armements cependant les procédures restent intactes. Le réalisme des drill démontre l’attachement de la Marine à conserver son savoir-faire en matière de guerre de Haute Intensité, l’adversaire de demain doit savoir que la Marine est toujours capable de frapper en force et pendant longtemps (le rôle du soutien logistique reste primordial). Car selon l’amiral Jean Dufourcq, « la Haute Intensité en mer, c’est donner des coups, et en recevoir s’avère fatal ».

La dernière bataille navale « «rangée » en Europe remonte au Jutland pendant la première guerre mondiale. Mais à l’heure où 40% de l’économie planétaire transite par l’Asie du Sud Est et où les détroits forment plus que jamais des enjeux stratégiques, il est nécessaire pour la Marine de conserver son expérience et ses moyens. Les navires de guerre doivent empêcher les dénis d’accès de l’adversaire afin de garder le contrôle des routes commerciales, vitales pour l’économie du pays. Les 4 espaces de conflictualités du futur que forment le cybernétique, le spatial, le culturel et l’océanique sont les enjeux de demain, la Marine Nationale peut relever le défi du maintien de sa puissance mais le tout est de lui en donner les moyens.

Alexandre GIRARD

 Présentation des intervenants et lien vers le site du Club Sup Mer :

http://www.clubsupmer.org/site/index.php/component/gcalendar/event/4/roprvl0ser19idsjdbq5pt2pb4

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