Le Qatar, une géostratégie à double jeu

Drapeau-du-Qatar

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De part sa position géographique, le Qatar, souvent considéré comme le petit frère de l’Arabie Saoudite, a compris qu’il fallait avant tout aborder sa situation avec diplomatie pour entrer dans la cour des grands.

Coincé entre l’Iran et l’Arabie Saoudite, d’une étendue équivalente à l’Ile de France, le Qatar est le deuxième pays le plus riche si l’on se base sur le PIB par habitant avec $ 100 377/hab. A peine deux millions d’habitants, et pourtant, ce petit pays du Golfe persique ne cesse de faire parler de lui par ses investissements dans les pays de Voltaire et Shakespeare. En cinq ans, le troisième plus grand producteur de gaz naturel, s’est montré partout, en imposant sa richesse aux grandes puissances.

Allié des Etats-Unis depuis 1972, le Qatar accueille deux bases américaines, soutient les opérations militaires américaines et de l’Otan et se positionne du côté occidental quand il s’agit de lutter contre le nucléaire de l’Iran. Cependant, l’émir qatari, Hamad ben Khalifa Al-Thani joue double jeu en soutenant les Frères musulmans, « incubateur » des groupuscules islamistes, grands ennemis de la politique de défense américaine, selon Al-Ahram Weekly, journaliste du Caire. Aussi, pour la question du Mali, le Qatar s’est montré frileux quant à l’intervention française, préférant un débat entre les pays voisins.

Il est évident, aujourd’hui, le Qatar veut s’assurer pérennité et sécurité en servant ses intérêts: « Investir dans tous les secteurs et dans toutes les régions » selon David Roberts du Royal United Services Institute. On peut dire que c’est la stratégie adoptée par la Qatar Investment Authority, mise en place en 2005 pour soutenir la politique étrangère de Doha. Cela semble bien fonctionner en France et au Royaume-Uni avec les rachats sportifs, immobiliers, de luxe, d’art, et le dernier en date, des magasins Printemps. Ces investissements interviennent au « bon moment » pour ces deux pays affectés par la crise. Le souhait des français de faire tomber Bachar-el-Assad n’est pas anodin puisqu’il va dans le sens du Qatar. Effectivement, afin de pouvoir transférer son gaz jusqu’en Europe, le Qatar doit obtenir l’accord ultime de la Syrie actuellement en arrangement sur un autre projet avec ses propres alliés. Le chute de Bachar-el-Assad serait un plus pour ce projet et donc pour les intérêts économiques du Qatar. Par ailleurs, en ayant une alliance financière, la France et le Royaume-Uni s’assurent d’un médiateur au Moyen-Orient.

Cette stratégie du pouvoir par l’argent n’est pas sans faire percevoir quelques limites et notamment quant à ses voisins islamiques. La chaîne qatarie Al-Jazira perd énormément d’influence dans le monde arabe car jugée trop subjective, voire propagandiste du Qatar. Ainsi, de plus en plus de médias du monde arabe critiquent la stratégie du Qatar et ses alliances occidentales. En outre, l’Egypte, affaibli aujourd’hui, mais également l’Arabie Saoudite, deux puissances religieuses du Moyen-Orient, n’hésiteront pas à temps, à se positionner « contre » un Qatar qui n’a aucune légitimité islamique dans la région.

Gaëlle RUBEILLON

 

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